Deuxièmement, lorsque vous parlez à des familles ayant vécu une histoire similaire à la vôtre, apprenez de leur expérience mais n'oubliez pas que votre situation est unique. Ne vous laissez pas emporter par leur ferveur en assimilant totalement leurs histoires.
Troisièmement et avant tout posez-vous cette question: "Supposez que votre proche ne soit pas membre d'une secte, est-ce qu'il a des comportements qui vous dérangent?". Si rien ne vous dérange, vous devez peut-être réévaluer vos présomptions que le groupe est ou peut être sectaire et examiner de plus près votre propre motivation (peut-être êtes-vous en désaccord avec le fait que votre proche quitte la religion familiale). Si toutefois, vous identifiez des comportements inquiétants, tentez alors de déterminer si ces comportements sont dus en partie à ce qui ce passe à l'intérieur du groupe. Cette approche vous permet de vous concentrer sur les influences psychologiques destructrices sans vous entraîner dans un débat à savoir si le groupe est une secte ou non. Les groupes étant grandement différents les uns des autres, les filiales d'une même organisation présentent souvent des différences entre elles. De plus, les gens répondent différemment à des environnements semblables. Etiqueter le groupe est secondaire pour déterminer s'il y a ou non des pratiques d'abus psychologiques qui causent des dommages à votre proche.
Quatrièmement, gardez en tête que le comportement d'un membre est en fonction de sa personnalité et de son identité et de ce qui se passe dans le groupe. Ne faites pas l'erreur de croire que votre proche est une victime sans défense. L'environnement sectaire est puissant mais il n'est pas tout-puissant.
Cinquièmement, nous vous conseillons de ne pas vous laisser convaincre par d'autres que les groupes sectaires sont si puissants que la seule façon de faire sortir votre proche est la déprogrammation. La déprogrammation est un processus qui implique la contrainte physique et la coercition (contrairement à "exit counselling" où le membre demeure libre de quitter). Il y a 20 ans, lorsque l'information dans ce domaine était très limitée, la déprogrammation pouvait être perçue comme une avenue raisonnable pour plusieurs familles. L'État de New York a même fait adopter à deux reprises une loi (bloquée par le veto du gouverneur) qui aurait à toutes fins pratiques légalisée la déprogrammation. Aujourd'hui, la déprogrammation est heureusement une pratique rarement utilisée, en partie en raison des risques légaux qu'elle occasionne, mais surtout parce que les intervenants sont beaucoup mieux informés et capables d'aider les familles en utilisant d'autres moyens. De plus, en omettant les arguments éthiques et légaux contre ce procédé, l'expérience démontre que la déprogrammation est moins efficace que l'"exit counselling". L'"exit counselling" demande toutefois beaucoup plus de préparation de la part de la famille. Des familles peuvent être tentées de chercher un "déprogrammeur" parce que cela leur semble une voie plus facile. Nous ne recommandons pas cette option. Vous risquez de vous retrouver séparé de votre proche et poursuivi en justice.
Sixièmement, puisque la grande majorité des membres de sectes quittent éventuellement leur groupe, le premier rôle d'une famille inquiète est souvent de faciliter le départ qui se fera éventuellement de toute façon. Dans plusieurs cas, des familles à la recherche de consultations d'experts peuvent être en mesure de grandement aider leur proche sans avoir recours à l'"exit counselling". Étant donné qu'il n'existe pas de façon de prédire qui va éventuellement quitter un groupe destructeur et qui va rester, nous respectons toujours la peur des familles que leur proche ne sorte jamais du groupe ou puisse subir de graves dommages si la famille ne fait rien.
Finalement, même s'il peut arriver, à l'occasion, que la famille se sente impuissante, la situation est rarement sans espoir. Plusieurs facteurs influencent la relation entre un membre d'une secte et le groupe, des facteurs qui surprennent même des gens ayant travailler depuis de nombreuses années dans le domaine. Ne perdez pas espoir. Des changements bénéfiques peuvent se produire qui ne soient pas conséquents de vos actions (e.g. une désillusion grandissante envers le groupe, une accumulation de petits reproches contre les leaders, dissension à l'intérieur du groupe). Quelques membres acquièrent suffisamment d'indépendance face à leur groupe pour maintenir ou renouer une relation respectueuse et affectueuse avec leur famille, même s'ils demeurent membre. Souvenez-vous, les gens sont différents et réagissent différemment à un même environnement de groupe.
Ces conseils s'adressant à des personnes ayant un proche
impliqué dans un groupe sectaire s'appliquent également
aux individus en contact avec un ex-membre. Nous offrons toutefois
à ces derniers un conseil supplémentaire important: ne
croyez pas que parce que votre proche a quitté le groupe abusif
dont il était membre tout retournera spontanénment
à la normal. Dans certains cas, la réadaptation peut
effectivement se faire rapidement. Mais les études
démontrent que la majorité des ex-membres ont de la
difficulté à se réadapter. Fréquemment, il
peut s'écouler d'un à trois ans avant que tout ne
redeviennent comme avant. Lorsque les familles sont informées et
offrent un soutien adéquat, elles peuvent grandement faciliter la
réintégration de l'ex-membre.
* Traduit et adapté de "Families with a Group-Involved Loved One", in AFF's Cults and Psychological Abuse: A Resource Guide avec la permission de l'American Family Foundation (AFF). AFF, un centre d'information et d'éducation, offre plusieurs services et possède une importante quantité d'information en anglais sur le phénomène sectaire. Info-Secte possède un centre de documentation comprenant de l'information en français et en anglais. Pour obtenir plus d'information, contactez Info-Secte au (514) 274-2333.
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